Exposition à la Galerie Fait & Cause, Paris.
 
5 Octobre / 13 Novembre 2010
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cette exposition, de photographies et de sculptures, installe un champ d’étude pour un essai de dialogue formel entre des images.
 
Depuis la fin des années 80, mon travail s’attache à suivre des jeunes femmes et hommes européens qui, de façon péremptoire, vivent en marge de la société dans des immeubles réquisitionnés ou des rassemblements nomades de caravanes et camions sur des friches urbaines.
Ces personnages revendiquent une autre philosophie de vivre avec laquelle ils veulent inventer ou reconstruire des identités et des affiliations, une aspiration vers un rapport plus libertaire aux autres et respectueux face au monde. Leur choix est délibéré et vécu dans l’exercice d’une culture spécifique, mais il s’inscrit aussi, paradoxalement, dans une situation complexe où les itinéraires de vie, parfois en conflit avec leurs familles d’origines, se retrouvent surtout confrontés avec la précarité des situations économiques. Ces révoltes, jamais véritablement autarciques, demeurent endiguées dans la société qu’elles contestent et se trouvent forcées de composer avec une forme inconfortable de hors-la-loi qui en serait l’en-dehors intériorisé.
Les acteurs doivent donc s’accommoder des ambiguïtés inévitables que suscitent leurs choix, et ils semblent alors peut-être plus habiter la relation qu’ils entretiennent de façon onirique avec leur  propre aventure, que les lieux véritables où celle-ci se déploie. De surcroît, vivants déjà sous l’oeil des caméras de contrôle qui scrutent les grandes citées contemporaines vomissantes d’images, ils ont aussi tendance à adopter par principe une attitude souvent iconoclaste, voire se réfugier dans une manipulation subtile des masques de l’identité où ils recomposent à dessein de savantes esquives. Tout concours à complexifier l’approche documentaire et le partage photographique.
Il s’agit par conséquence et sans stigmatiser, de rendre compte du mouvement de leurs adaptations/mutations face aux aléas du quotidien, et d’éviter de les enfermer dans une représentation forcément restrictive par nature (le cadre), qui face au raffinement de leurs stratégies des présentations de soi et apparences, risquerait de tomber dans la taxinomie, voire le pittoresque. Ainsi, on oserait espérer qu’il n’y ait en vérité rien à voir dans les photographies, mais que, par contre, celles-ci « fassent voir ».        
 
Quelques images sélectionnées parmi les portraits réalisés dans les squats européens à Paris et Londres à la fin des années 80, et extraites de la série « Fin de siècle », retrouvent ainsi les vanités introspectives de la série « Un Horpe ailleurs ».
Elles accompagnent aussi les photographies documentant l’aventure des Wagenburgs berlinois, récemment publiées dans le livre « Résistance à l’effacement », ainsi que l’état des lieux actuels de la recherche, sous forme de portraits en couleurs ou d’entretiens vidéos qui cherchent à déplier les arrêts sur image.
Le parcours ne suit pas une chronologie rigoureuse, les images étant parfois installées les unes près des autres, par simple effet d’écho ou réminiscence.  
 
Ce choix n’est pas le fait du hasard, il souhaite ouvrir vers un échange. Depuis les débuts de ma collaboration avec Heino Muller, les photographies sont mises en scènes et s’avouent comme appartenant pleinement à l’ordre de la représentation, même si elles participent aussi du réel dans leur praxis, tel un faisceau d’affects et de capacités qui ouvrent aux devenirs de l’identité des sujets approchés. Cette approche d’anthropologie visuelle est donc en constante interactivité avec un terrain qui produit lui-même par ses choix vestimentaires, la chorégraphie de ses attitudes et de ses rites, en médiation avec le photographe, la texture de ses propositions et situations.
 
Ce type d’échange, entre les formes générées par le photographe et les formes propres aux acteurs avec lesquels il se confronte, est assurément le fil conducteur dans un espace lisse où l’esprit d’anastomose entre l’art et ses intentionnalités tente d’apporter les éléments de compréhension de cette culture de la résistance chez des personnages qui témoignent dans leur quête de respect.
 
Tout ne peut certes être dit ouvertement dans ces images, car le risque d’une dénonciation triviale sous prétexte de compassion ou d’exhaustivité est toujours sournoisement possible. Il s’agit donc d’observer pleinement mais dans le sens de « s’envisager » avec pudeur, de façon marginale pourrait-on dire, avec la sphère équivoque des errances et respecter ainsi l’inaliénable droit aux ambiguïtés dans un groupe qui, fragilement, essaie pourtant de faire valoir le droit au droit de son point de vue.
Des passerelles sont alors suggérées par un travail plus plasticien où les objets, masques, collages et installations photographiés instruisent une mise en abîme. Les vanités sont requises pour accompagner l’ineffable qui hante les stases, la métaphore presque naïve du combat contre le dragon essaie le témoignage fragile d’un récit sur le corps des traumatismes perceptibles.
 
                                
                                                 Ralf Marsault